Nous sommes à un moment de vérité. Tout dans ce budget est escroquerie. Alors honte à ceux qui l’ont voulu et conçu ainsi. Honte également à ceux qui permettraient qu’elle s’accomplisse.
La première escroquerie, de laquelle tout procède, remonte à juillet 2024 et à Emmanuel Macron. Elle est la plus grave puisqu’elle lèse notre seul souverain, le peuple. Dans quelle démocratie un homme seul peut ainsi décider que gouverne un camp minoritaire ? Ce qui pose la question de la 5ème République. Mais c’est bien Emmanuel Macron qui en a décidé ainsi. Il est donc le premier responsable de la situation. C’est au fond lui qui devrait être devant nous et risquer sa chute, bien plus encore que vous.
La seconde escroquerie, c’est que malgré cette défaite aux législatives puis la censure de Michel Barnier, puis le refus de la confiance à François Bayrou, votre gouvernement s’est avancé avec la même politique budgétaire que s’il était majoritaire !
Quelle est cette politique ? Laissez-moi en résumer la conséquence première qui en est aussi, en réalité, l’objectif.
D’après Oxfam, la fortune des 53 milliardaires français a doublé depuis 2017 : +220 milliards d’euros. D’après Challenge, les 500 plus grandes fortunes ont doublé leur patrimoine qui est passé de 20 à 40 % du PIB. Mais la richesse nationale, elle, n’a pas doublé. L’accaparement s’est donc fait sur le dos de tous ceux qui produisent ces richesses : salariés, artisans, commerçants, indépendants, agriculteurs, patrons de PME etc.
Comment ? Rappelons l’étude de l’Institut des politiques publiques. Les 150 plus grandes fortunes françaises payent moins de 2% d’impôt sur le revenu, voire zéro pour certaines. Concernant l’imposition globale, les 75 plus grandes fortunes françaises ne paient que 25%. C’est deux fois inférieur à la moyenne des contribuables. La perte se chiffre en dizaines de milliards d’euros pour nos recettes. En réalité ils sont même des milliers à profiter de cette situation, j’ai pu le vérifier en personne à Bercy.
Cela n’est pas tombé du ciel. C’est le résultat d’une politique : la vôtre. Certes avant vous, dès la création de l’ISF, les actifs dits professionnels ont été exclus. Et vous n’avez pas non plus inventé « toutes » les exemptions, dérogations, exonérations – les privilèges – qui ont permis de miter l’impôt des plus riches. Mais vous en avez défendu et ajouté beaucoup. Et surtout vous avez supprimé l’ISF. Et surtout vous avez instauré ce bouclier du capital qu’est la flat tax. Voilà comment ces ultra-riches se sont si légalement enrichi.
Et ces richesses, ils les gardent et les transmettent. De sorte que dès leurs premiers pas, leurs héritiers sont déjà rentiers. La part de la fortune héritée dans le patrimoine français est passée de 35 à 60% en 40 ans. Là encore vous n’êtes pas seuls responsables, mais largement contributeurs. Citons le pacte Dutreil dont la Cour des comptes a non seulement estimé à 6 milliards le coût pour les finances publics mais aussi jugé qu’il s’agissait surtout d’une optimisation fiscale hors de contrôle dont 65% ont bénéficié à 110 personnes en 2024.
Au fond on peut ainsi résumer 9 années de macronisme : la constitution d’une nouvelle noblesse, celle de l’argent. Toute aussi minoritaire que ne l’était celle de l’Ancien régime face au tiers état. Et qui désobéit à l’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « Les hommes naissent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondés que sur l’utilité commune ». C’est dire à quel point votre politique brise la promesse républicaine sur laquelle est fondée notre pays.
Et cette politique a évidemment un effet immédiat sur le budget. Le déficit creusé depuis 2017 ne s’explique pas par l’augmentation des dépenses. Elles ont baissé de 0,6 point de PIB. Mais bien par la baisse des recettes de 3 points de PIB sur la même période. Et que faites-vous ? Vous imposez à toute la population de payer pour ces cadeaux fiscaux aux ultra-riches.
Cette politique, vous l’avez théorisée. Il faut favoriser la rentabilité des capitaux des ultra-riches, disiez-vous. Cela va créer investissement et emplois, disiez-vous. Cela va ruisseler, disiez-vous. Ça pour ruisseler, ça a ruisselé, et vers le haut. L’assureur Allianz estime que les dividendes des groupes français atteindraient 83,1 milliards d’euros en 2026.
Mais vos résultats économiques sont eux inversement proportionnels aux prétentions pharaoniques de votre propagande. Depuis 2017 l’industrie recule. La part de l’emploi industriel est tombée de 16,4 % à 15,4% et les faillites se succèdent, jusqu’à 68 000 en 2025. Depuis 2017 l’investissement recule. Ramené au PIB, il a baissé de 0,4 point selon l’Insee. Les conditions de vie reculent. Depuis 2017, avec un million de pauvres en plus, la France est même championne d’Europe de l’augmentation de la pauvreté : +2,7 points.
Votre budget pour 2026 ne va rien arranger. Pire il nous place dans l’incapacité de répondre aux exigences de l’heure et de l’époque. Je parle là d’un basculement : celui d’une domination capitaliste qui passait par le libre-échange et passe maintenant avec Donald Trump par un affrontement entre blocs politico-économiques.
En dehors de ceux destinés à la défense, où sont dans votre budget les investissements publics dont a besoin notre économie pour relancer sa souveraineté industrielle et agricole ?
Ils étaient déjà quasi inexistants et vous avez depuis même cru bon de sabrer de 1 milliard d’euros le budget de France 2030. Cette baisse des investissements, nous allons aussi la payer en matière écologique. Deux ans après sa création, vous baissez le Fonds Vert de 67% contrairement à vos déclarations mensongères.
Votre budget aggrave tout et ne résout rien. Il sera mauvais pour le pays. Oui mais dites-vous, il vaudrait mieux ce budget que pas de budget du tout.
Et voici qu’avance une autre escroquerie. Celle de la loi spéciale. Contre toute évidence vous avez dit qu’elle n’était pas un budget. C’était pour appeler à adopter le vôtre au plus vite. Depuis deux ans vous utilisez la loi spéciale pour faire pression sur le Parlement, en ne libérant que des sommes minimalistes. Cette interprétation n’est pas légitime. Dois-je rappeler que la loi spéciale c’est la possibilité d’utiliser les dépenses et recettes adoptées dans le budget précédent. La preuve, il suffit de lire le décret du 30 décembre dernier. Les budgets de la loi spéciale sont à l’euro près les mêmes qu’en 2025 : 4,21 milliards pour l’agriculture ; 4,37 milliards pour l’aide publique au développement ; 23,12 milliards pour le logement ; 3,91 milliards pour la culture.
Escroquerie enfinsur la méthode : en novembre ou en janvier, le 49.3 demeure un coup de force. Mais au fond je ne vous ai jamais cru quand vous disiez : « Ce budget nous le ferons avec le Parlement, il sera ce que l’Assemblée veut en faire ».
Vous l’admettiez si elle n’en changeait pas les fondements et se contentait de repeindre d’une autre couleur les murs de la chambre. J’ai toujours pensé que vous finiriez par ce 49.3.
Pour le rendre digérable par ceux qui en faisaient une ligne rouge il y a quelques semaines, vous avez même agité la menace des ordonnances dont vous n’avez en réalité jamais voulu. C’est là une escroquerie que de surcroît vous rendez inélégante en insultant sur un ton très trumpiste les oppositions qui entendent encore utiliser leurs droits d’opposants : saboteur, tireurs couchés tirant dans votre dos et j’en passe. Cela ne dit rien de ceux que vous accusez ainsi mais tout au fond de votre autoritarisme.
Ces insultes vous les avez proférées lors de la censure pour votre inaction sur l’accord UE-Mercosur. Je salue d’ailleurs notre groupe au Parlement européen qui vient de réussir, lui, à faire adopter par ce même parlement une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne qui suspend l’accord.
Et ici, ce sont trente voix qui ont manqué à votre chute. C’est peu. C’est le groupe socialiste. De ses parlementaires va donc dépendre de nouveau le sort de notre motion. C’est donc aux socialistes que je vais maintenant m’adresser. Olivier Faure a dit il y a peu que son parti était le seul à s’être montré utile dans la période. Utile, vraiment ? Voyons voir.
Utile pour ne pas avoir censuré François Bayrou en février 2025 en échange d’un conclave qui n’a rien donné et 4000 postes d’enseignants toujours supprimés en 2026 ?
Utile pour ne pas avoir censuré Sébastien Lecornu en octobre, évitant le retour aux urnes, ce dont nous voyons maintenant le résultat.
Utile pour avoir adopté un simple décalage de la réforme des retraites, faisant ainsi voter pour la première fois à l’Assemblée le principe même du recul à 64 ans, sans compter près de 4 milliards de coupes budgétaires sur les hôpitaux ?
Utile pour prétexter des reculs gouvernementaux sur des mesures que de toutes façons il n’avait plus dans sa musette. L’indexation du barème de l’IR et le maintien de l’abattement de 10 % en faveur des retraités avaient déjà été votés par le Parlement.
Utile pour le repas à 1 euros en faveur de tous les étudiants pour un coût de 80 millions d’euros ? Certes oui mais ils subiront 195 millions de coupes budgétaires sur deux ans dans leur vie étudiante et l’offre de logements étudiants ne répondra toujours qu’à 7% des besoins.
Utile une prime d’activité de 50 euros en plus ? Certes mais la mission « Solidarité » baisse toujours de 418 millions et la mission « Travail » de 25 % en deux ans. Les contrats aidés seront sacrifiés. Il y aura des coupes de 159 millions sur l’insertion et plus encore sur la formation, dont le permis de conduire.
Utile pour 800 postes supplémentaires AESH à 25 millions d’euros ? Mais tout le monde sait que tant que ces AESH n’auront ni un vrai statut, ni une vraie valorisation salariale, ces postes seront souvent non pourvus. Et les 4000 postes d’enseignants supprimés ? Ils le sont toujours.
Utile le renoncement à 200 millions d’économies sur les APL ? Certes mais le budget du logement continue à diminuer de 714 millions d’euros et on n’a jamais construit aussi peu de logements sociaux.
Vous jugez vous aussi utiles avec des baisses d’1 milliard d’investissement, de 100 millions sur l’audiovisuel public, des coupes budgétaires béantes sur l’APD, le sport, les associations, l’agriculture, la fonction publique, la culture, l’écologie, la diplomatie ? Sans compter les opérateurs qui vont subir 2 milliards de coupes supplémentaires et les fonds de réserve réduits à néant.
Utiles donc pour ces 22 milliards de coupes budgétaires sur l’Etat, la Sécu et les collectivités ? Ce qui monte à 30 milliards si on calcule en tendanciel comme le faisait M. Bayrou.
Utile enfin pour le maintien de l’article 30 qui aggrave pour les étrangers le coût des papiers et des demandes de nationalité. Si directement inspiré du programme de l’extrême droite qu’il avait été battu ici dans l’hémicycle. Voilà la préfiguration de ce que fera le gouvernement les mois à venir à partir d’une coalition allant du bloc macroniste à l’extrême droite si nous ne le censurons pas. Les textes racistes, ultra-libéraux et dangereusement répressifs adoptés hier sous l’œil complice de ce gouvernement en sont un avant-goût. Laisserez-vous faire ?
Utile de ne pas censurer un budget qui ne prévoit plus que 8 milliards de taxation des grandes entreprises, moins que l’an dernier, et a presque effacé toute trace de taxation des hauts revenus laissant béantes les inégalités devant l’impôt ?
Députés de l’opposition qui ne voteriez pas la censure : il ne s’agirait pas d’utilité mais de complicité que la population paierait par 18 mois supplémentaires de politique macroniste. Notre pays, notre peuple n’ont pas les moyens de supporter si longtemps une telle peine. Voilà pourquoi collègues je vous invite à censurer ce budget et ce gouvernement.
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Député de la 1ère circonscription du 93
Président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale