Le groupe La France insoumise, ainsi que certains membres des groupes Ecologiste et social et Gauche démocrate et républicaine, ont présenté ce jour un recours devant le Conseil constitutionnel sur le projet de loi de finances pour 2026.
Il est demandé au Conseil de censurer l’intégralité du texte en raison de méconnaissances par le Gouvernement de diverses règles constitutionnelles et organiques, ce qui entache la procédure d’irrégularités et nui au principe de clarté et de sincérité des débats. Cette décision ne s’opposerait pas aux exigences de continuité de la vie nationale puisqu’une loi spéciale a déjà été adoptée. En cas d’absence de censure, les observations du Conseil ne manqueront pas d’éclairer le travail en cours sur la modification des règles de la discussion budgétaire.
D’une part, les délais prévus par la LOLF n’ont pas été respectés :
D’autre part, il a été porté atteinte à la sincérité :
Par ailleurs, le Parlement n’a pas pu examiner des hausses de recettes pour compenser une augmentation des crédits de 6,6 Md€ prévues par le Gouvernement pour effectuer une coordination avec la LFSS. L’absence de dérogation à la règle de l’entonnoir a alors créé un doute sur la sincérité des conditions de l’équilibre général du budget de l’État.
Se pose également la question de la légalité ou non d’annuler des crédits en cours d’exercice. La LOLF prévoit des annulations de crédits afin de corriger une dégradation de l’équilibre budgétaire ultérieure à la publication de la dernière loi de finances. En revanche, la loi organique n’a pas prévu la possibilité d’annuler des crédits comme un outil complémentaire censé corriger un équilibre budgétaire vicié dans le texte même. Il nous semble donc impossible d’annuler des crédits en cours d’année, sauf à prévoir une loi de finances rectificative qui établirait un nouvel équilibre budgétaire non-vicié.
Dans le cas où le Conseil constitutionnel ne censurait pas l’ensemble du texte, nous demandons la censure de plusieurs articles.
D’une part, nous contestons la conformité à la Constitution des principales mesures discriminatoires contre les personnes étrangères.
Tout d’abord, il convient de noter que deux de ces mesures auraient pour conséquence un glissement et un tournant majeur sur le plan du droit.
L’article 67 qui supprime les APL pour les étudiants non-européens non-boursiers ouvrirait la voie, à terme, à la préférence nationale voulue par l’extrême-droite. Actuellement, le Conseil constitutionnel considère que certains droits des étrangers peuvent être conditionnés à des critères de régularité du séjour, de résidence stable ou d’exercice d’une activité professionnelle. Toutefois, avec l’article 67 et pour la première fois, une différence serait faite en raison de la seule nationalité, une fois appliquée la condition d’être non-boursier.
L’article 71 bis A qui plafonne la prise en charge, par l’OFPRA, des frais d’avocats assurant la défense des demandeurs d’asile. Ce changement serait contraire au droit à un recours juridictionnel effectif, au droit à un procès équitable et à la bonne administration de la justice. En effet, il instaure un régime d’exception pour les demandeurs d’asile, qui n’auraient pas le même accès à la justice. Ceci est contraire à l’esprit de la loi de 1991 sur l’aide juridique qui, depuis son entrée en vigueur et jusqu’à aujourd’hui, s’applique à tous les requérants, pour l’ensemble des instances en cours devant des juridictions, qu’elles soient administratives ou judiciaires.
Par ailleurs, nous contestons la constitutionnalité de l’article 30 qui emporte des aggravations discriminatoires et disproportionnées de certaines taxes sur la délivrance et le renouvellement de titres de séjour et sur les demandes d’accès à la nationalité. Il prévoit également une contribution forfaitaire de 50 euros pour bénéficier de l’aide juridique.
Concernant les titres de séjour, cet article méconnait les principes suivants :
Concernant l’aide juridictionnelle, il méconnait également le principe d’égalité devant la loi et le droit au recours effectif. Cet article introduit une distinction injustifiée entre justiciables selon leur capacité à acquitter ce montant, et rompt l’égalité d’accès à une procédure juste et équitable.
Nous contestons par ailleurs la constitutionnalité de certains autres articles :
Enfin, plusieurs articles méconnaissent également le principe d’égalité devant les charges publiquesen prévoyant des avantages fiscaux injustifiés ou nous apparaissent être des cavaliers budgétaires.
Retrouvez la vidéo de la conférence de presse :
Le groupe La France insoumise, ainsi que certains membres des groupes Ecologiste et social et Gauche démocrate et républicaine, ont présenté ce jour un recours
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Député de la 1ère circonscription du 93
Président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale