Il y a 20 ans le responsable politique que j’étais n’aurait pas voté ce texte. C’est le cas de beaucoup de mes camarades, dont notre candidat à la présidentielle que je salue ici. Je pense que nos principes étaient insuffisamment éclairés et notre jacobinisme sans doute mal interprété. Jacobinisme auquel mon ami Ugo Bernalicis a, pendant le débat, largement donné justice. Il a rappelé que Paoli, le père de la première constitution démocratique, celle de la Corse, fut un jacobin et que cette antériorité républicaine incita Robespierre à saluer une France et une Corse unies dans une confédération ralliant tous les amis de la raison, de l’humanité et de la vertu.
Sans doute, avons-nous aussi changé. Notre perception de l’histoire et des revendications des autonomistes a évolué depuis 2018 au fil des discussions avec leurs députés, dont certains sont encore sur les bancs, de Gilles Siméoni et ses amis. Nous avons été convaincus que nous parlions entre républicains et mieux saisi ce que le peuple corse a subi en matière de domination et d’exploitation, eux parlent de pratiques coloniales.
Mais plus important ce sont les temps qui ont changé. Il ne suffit pas d’appeler au respect d’une république une et indivisible pour lui donner sens. Elle ne peut devenir virtuelle, elle doit prouver son utilité à commencer par garantir les mêmes droits et progrès, à toutes les citoyennes et citoyens où qu’ils et elles soient sur le territoire. Au risque sinon de devenir un carcan qui impose les mêmes devoirs sans donner les mêmes droits. Or le néolibéralisme depuis 40 ans a miné cette promesse républicaine en s’attaquant aux services publics, en instituant la concurrence comme valeur cardinale jusqu’entre les territoires au risque d’inégalités toujours plus béantes.
Il n’est donc pas étonnant que ce soient dans ces territoires insulaires, les territoires les plus éloignés de la France continentale, dans lesquels le temps a façonné l’existence de peuples historiques, parce qu’ils subissent le plus ces inégalités accrues, que se manifestent en premier, et de façon majoritaire, des aspirations à l’autonomie voire à l’indépendance.
Certains craignent que cela fasse tache d’huile et que sous le coup d’une différenciation généralisée notre république se disloque. Certains y aspirent au nom d’autres particularismes régionaux, évident par ailleurs (une et indivisble ne veut pas dire uniforme), mais jusqu’à revendiquer eux aussi l’adaptation des lois. D’autres veulent nous y mener car ils le voient comme une machine à déréguler, facilitatrice d’un dumping social généralisé. On les reconnait ce sont ceux qui se sont opposés au principe de non régression. Nous combattons et refusons pour l’avenir cette logique libérale. Mais là aussi soyons clair, cela a débuté bien avant qu’on ne discute de l’autonomie de la Corse. Surtout rien ne peut être imposé au peuple. Contrer la différenciation généralisée c’est redonner d’abord les moyens et une politique pour que la France soit libre, égale et fraternelle pour toutes et tous et partout. Ce dont nous entendons nous occuper en 2027 avec Jean-Luc Mélenchon.
Mais pour la Corse aujourd’hui ce temps est venu. Nous y arrivons au moyen d’un article constitutionnel non accompagné de la loi organique qui lui donnera son contenu. C’est un problème d’abord pour les Corses à qui le gouvernement demande en réalité de signer un chèque en blanc. La responsabilité revient à l’exécutif qui a mis des années à répondre au compromis historique proposé par l’exécutif corse, l’autonomie dans la république pour sortir par le haut et pacifiquement de 60 ans de luttes. Au moins pouvons-nous aujourd’hui envoyer un signal fort et positif. Ce n’est pas un choix juridique, c’est un choix politique.
Nous avions avant ce débat deux lignes directrices.
D’abord, effacer toute dérive ethnique. Nous aurions préféré l’expression de la loi Joxe : un peuple corse composante du peuple français. L’exécutif ne l’a pas voulu. D’où des formules insatisfaisantes qui étaient inacceptables avant d’être amendées notamment par les efforts du rapporteur Boudié. Parce qu’il s’agit maintenant d’une communauté insulaire, parce qu’elle est sans distinction d’origine, de race et de religion, nous parlons bien du peuple qui compose actuellement la Corse et non d’un fantasme ethnique. Le RN ne s’y est d’ailleurs pas trompé qui a voté contre en revendiquant une préférence corse reflet local de leur préférence nationale.
Ensuite, intégrer le principe de non régression sociale et environnementale voulu par la grande majorité de l’assemblée corse en juillet 23 pour éviter qu’à l’avenir, entre de mauvaises mains libérales, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, l’autonomie ne se transforme en dumping généralisé. Nous sommes parvenus à l’inscrire pour la première fois dans la constitution. Certes un amendement macroniste l’a rendu seulement facultatif dans la loi organique mais au moins on ne pourra l’exclure a priori. C’est donc pour nous, mais aussi pour l’exécutif et les syndicats et associations environnementales corses, une demi-victoire et non une demi-défaite. Cela va sans dire que nous ne voterons une telle loi organique que s’il est effectivement présent. Comme nous présiderons et gouvernerons alors le pays ce ne sera pas difficile.
Le dernier élément c’est la souveraineté populaire. Ce qui distingue avant tout la Corse aujourd’hui c’est qu’à chaque scrutin le peuple corse choisit très majoritairement l’autonomie. Y compris ces derniers jours par 80 % de ses maires ayant signé un appel à voter cet article. Or nous ne serons jamais ceux qui contournent l’expression souveraine du peuple ni a fortiori ne le contraindrons par la force à faire l’inverse de ce qu’il a choisi.
Pour toutes ces raisons nous avons choisi un cap clair. Nous votons pour aujourd’hui et nous le concrétiserons en 2027 sous la présidence de JL Mélenchon dans le cadre d’une 6ème république et toujours dans la confiance avec les autonomistes corses. Pour l’intérêt des Corses et de la République française que nous voulons sociale, écologique et fraternelle.
Il y a 20 ans le responsable politique que j’étais n’aurait pas voté ce texte. C’est le cas de beaucoup de mes camarades, dont notre
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